Lettre d'adieu de Georges GEFFROY
écrite de la maison d'arrêt de Fresnes dans la Seine




Georges GEFFROY

GEFFROY Georges, Henri, François
Né le 21 octobre 1925 à Andouillé (Mayenne), fusillé le 21 février 1944 au Mont-Valérien en Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine), lycéen, membre des FUJP.

Fresnes, le 21 février 1944

Ma bien chère maman, mon bien cher papa,
Ma chère petite Yvonne,

Il y a quelques instants, on est venu me chercher dans ma cellule et maintenant me voici avec Yves et mon autre camarade Le Cornec. Mon cas était plus grave que je ne le pensais, voyez-vous, mais jamais je n'aurais pensé mourir de cette façon.

J'étais jeune et j'avais confiance dans ma jeunesse. Pauvre maman, que de chagrin, que de tourments, t'ai-je donnés !!! Enfin c'est la vie, que voulez-vous, s'il y a un au-delà, espérons que je vous y retrouverai.

J'avais toujours eu l'ambition d'être soldat, de servir ma patrie, voilà ce qu'il m'en coûte. Cependant je ne regrette pas ce que j'ai fait sur cette terre. Comme Yves, j'ai joué et j'ai perdu.

Naturellement, je ne vous dirai pas que je ne regrette pas la vie que je passais auprès de vous. J'étais heureux et vous m'avez été vraiment de bons parents. Je ne voudrais pas que vous me preniez pour un ingrat. Non.

Je ne peux vous exprimer dans cette lettre toute la tendresse que j'ai pour vous. Les mots ne me viennent pas, mais soyez-en assurés.

Il est midi, le pasteur catholique vient de passer parmi nous. Bien que n'ayant jamais pratiqué, je vais me confesser.

L'exécution doit avoir lieu à 3 heures. Sans doute viendra-t'on nous chercher dans deux heures.

Ce qui me coûte le plus c'est de vous laisser sans vous avoir vus avant de mourir. J'aurais tant aimé vous embrasser une fois encore.

J'ai, au greffe de cette prison, des affaires personnelles que j'aimerais voir entre vos mains : portefeuille, stylos. Quant au sac de scout et à la couverture blanche, ils appartiennent à des camarades (Rinvet et Le Mée).

Je vous quitte, mes chers parents, en vous envoyant mes derniers baisers.

Votre fils qui vous aime tendrement.

Jo.

PS. - Mes meilleurs baisers aux grands-mères, aux tantes et aux oncles. Mes meilleurs souvenirs à Monsieur et Madame Rolland. .